Quand on parle de cancer, on parle beaucoup des traitements à l'hôpital. De la chirurgie, de la chimiothérapie, de la radiothérapie, de l'hormonothérapie. Ce sont eux qui occupent le centre du parcours de soins car ils sont là pour traiter la maladie.
Mais il y a quelque chose dont on parle beaucoup moins dont nous nous sommes aperçus dans nos pratiques d'infirmières : vivre avec un cancer ne se résume pas à recevoir des traitements. C'est aussi et surtout gérer la fatigue qui ne cède pas malgré le repos les nausées, la douleur, l'anxiété le regard dans le miroir qui a changé, la peur de ne plus être capable de travailler et beaucoup d'autres choses toutes légitimes.
Et c'est exactement là qu'interviennent les soins de support.
Ce que sont les soins de support
Les soins de support désignent l'ensemble des soins et des soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie, parallèlement aux traitements spécifiques. Cette définition est celle de la Société Française des Soins Oncologiques de Support, et elle dit quelque chose d'essentiel : les soins de support ne remplacent pas les traitements médicaux ils viennent en complément.
Leur objectif n'est pas de guérir le cancer. C'est d'améliorer la qualité de vie du patient pendant et après les traitements, en prenant en charge l'ensemble de ce qu'il traverse : les symptômes physiques, les effets secondaires, la dimension émotionnelle et psychologique, et les répercussions sur la vie quotidienne, professionnelle et familiale.
L'INCa reconnaît les soins de support comme faisant partie intégrante du parcours de soins oncologique. Ce n'est pas une option. Ce n'est pas un luxe. C'est une composante médicalement reconnue et recommandée du traitement du cancer.
À qui s'adressent-ils ?
À tout le monde. Aux patients, quel que soit le type de cancer, le stade de la maladie, ou la phase du parcours. Dès l'annonce du diagnostic, pendant les traitements, en phase de rémission, et après la fin des traitements quand les séquelles peuvent encore être présentes.
Et aussi aux proches aidants. Parce que le cancer ne touche jamais une seule personne. Il bouleverse aussi ceux qui sont là, qui accompagnent, qui soutiennent, qui s'organisent, qui tiennent. Les soins de support leur sont également destinés afin qu'ils puissent traverser cette épreuve sans s'y perdre entièrement.
Pourquoi y avoir recours ?
C'est la question que beaucoup de patients se posent, souvent avec une pointe de culpabilité : "Est-ce vraiment utile ? Est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Est-ce que ce n'est pas réservé à ceux qui vont moins bien que moi ?"
La réponse est claire : oui, c'est utile. Et non, il n'y a pas de seuil de souffrance à atteindre pour y avoir droit.
Ce que nous voyons chaque jour dans notre pratique, et ce que la recherche confirme, c'est que les soins de support ont un impact direct sur la façon dont les patients traversent leurs traitements. Un patient qui bénéficie d'un accompagnement en soins de support supporte mieux les protocoles, les interrompt moins souvent, et récupère plus efficacement entre les cures. Ce n'est pas une impression. C'est documenté.
Les effets secondaires des traitements comme la fatigue, les nausées, la douleur, l'anxiété, les troubles du sommeil sont précisément ce qui pousse certains patients à réduire leurs doses ou à espacer leurs séances sans en parler à leur médecin. Quand ces effets secondaires sont pris en charge, quand un diététicien aide à retrouver un appétit, quand un sophrologue aide à dormir, quand un psychologue aide à apaiser certaines angoisses le patient arrive à chaque cure dans un état différent : peut-être un peu plus serein, peut être en meilleure forme , peut être dans un autre état d'esprit, plus combatif.
L'adhésion au traitement est l'un des enjeux majeurs en oncologie. Des études menées notamment par l'AFSOS montrent que les patients accompagnés par des soins de support présentent une meilleure observance de leurs protocoles thérapeutiques. En d'autres termes : les soins de support ne sont pas là en marge du traitement médical. Ils en renforcent l'efficacité.
Au-delà de l'adhésion, ils agissent sur la réduction concrète des effets secondaires. L'activité physique adaptée diminue la fatigue cancéreuse de 25 à 40% selon les données de l'AFSOS 2024. La diététique limite la dénutrition qui fragilise l'organisme et complique les traitements. L'ostéopathie et les massages bien-être soulagent les tensions et les douleurs musculaires. Chaque soin de support agit sur une dimension précise de ce que le patient traverse et ensemble, ils changent profondément l'expérience des traitements.
C'est pour cette raison que nous le disons clairement : commencer les soins de support dès l'annonce du diagnostic, sans attendre d'être épuisé ou débordé, c'est se donner les meilleures chances de traverser le parcours oncologique dans les meilleures conditions possibles.
Les différents types de soins de support
Les soins de support couvrent un spectre très large de pratiques. Voici les principales, celles que nous recommandons le plus fréquemment dans notre accompagnement des patients en oncologie.
Le soutien psychologique
C'est l'un des piliers. Le cancer génère une charge émotionnelle considérable : la peur, l'incertitude, la tristesse, parfois la colère. Un suivi psychologique individuel permet de mettre des mots sur ce que l'on traverse, de trouver des outils pour gérer l'anxiété et les moments de découragement, et de ne pas rester seul avec ce que l'on porte. Il s'adresse aux patients comme aux aidants.
La diététique et le soutien nutritionnel
La nutrition joue un rôle central pendant les traitements. Certains effets secondaires perturbent profondément l'alimentation : nausées, troubles du goût, mucites, diarrhées, perte d'appétit. Un diététicien spécialisé en oncologie aide à adapter l'alimentation à chaque phase du traitement, à maintenir un état nutritionnel satisfaisant, à prévenir la dénutrition, et à soutenir le système immunitaire. Au-delà des traitements, une alimentation adaptée contribue à la prévention des récidives.
L'activité physique adaptée
C'est l'un des soins de support les mieux documentés scientifiquement. Contrairement à une idée reçue tenace, bouger pendant les traitements n'est pas contre-indiqué c'est au contraire recommandé. L'AFSOS confirme que l'activité physique adaptée est l'intervention la plus efficace contre la fatigue cancéreuse, avec une réduction documentée de 25 à 40%. Elle améliore également le sommeil, l'humeur, la qualité de vie globale, et la tolérance aux traitements. La pratique doit être adaptée à l'état de chaque patient, progressive et encadrée par un professionnel formé.
La sophrologie et les techniques de relaxation
La sophrologie associe des techniques de respiration consciente, de relaxation musculaire progressive et de visualisation positive. Elle aide à réduire le niveau de stress et d'anxiété, à améliorer la qualité du sommeil, et à renforcer les ressources intérieures. Elle s'apprend : en quelques séances, le patient dispose d'outils qu'il peut pratiquer seul, à n'importe quel moment, y compris dans les contextes les plus difficiles. La méditation de pleine conscience et la relaxation progressive produisent des effets similaires selon les préférences de chacun.
L'ostéopathie et la réflexologie
Ces approches manuelles peuvent soulager certaines douleurs, réduire les tensions corporelles, atténuer la fatigue et améliorer le confort général. Elles sont particulièrement utiles pour certains effets secondaires spécifiques des traitements. Elles doivent être pratiquées par des professionnels formés à l'accompagnement des patients en oncologie et en coordination avec l'équipe médicale.
Les massages bien-être
Le massage agit sur le stress, l'anxiété, la douleur et la fatigue, en augmentant la circulation sanguine et en relâchant les tensions musculaires. Il peut améliorer le bien-être général et favoriser une meilleure qualité de sommeil. Il doit être adapté à la situation médicale du patient et réalisé par un praticien formé aux contre-indications spécifiques à l'oncologie.
La socio-esthétique
La socio-esthétique englobe les soins esthétiques adaptés aux personnes fragilisées par la maladie. Soins du visage, du corps, conseils en maquillage adapté, techniques de relaxation : l'objectif est de restaurer l'image de soi et la confiance en soi, souvent profondément ébranlées par les transformations physiques liées aux traitements. Ce n'est pas de la coquetterie. C'est un soin à part entière, reconnu pour son impact sur le bien-être global et l'estime de soi.
Comment y accéder ?
Les soins de support sont accessibles de plusieurs façons. Dans les établissements de soins, de nombreux hôpitaux et cliniques proposent des soins de support directement intégrés au parcours oncologique : renseignez-vous auprès de votre équipe soignante ou de l'assistante sociale de l'établissement.
En dehors des établissements, des professionnels libéraux formés à l'oncologie pratiquent en cabinet ou en visio. La Ligue contre le Cancer propose dans ses délégations locales des consultations gratuites avec différents professionnels. De nombreuses associations proposent un parcours d'accompagnement des patients avec les soins de support.
Un mot sur le remboursement
Les soins de support ne sont pas tous remboursés par l'Assurance Maladie. Certains, comme les consultations psychologiques via le dispositif MonSoutienPsy ou les séances d'activité physique adaptée prescrites par un médecin, peuvent être pris en charge partiellement. D'autres restent à la charge du patient. Certaines mutuelles couvrent une partie des frais. Renseignez-vous auprès de votre complémentaire santé et de l'assistante sociale de votre établissement de soins pour faire le point sur ce à quoi vous avez droit.
Ce que nous voulons que vous reteniez
Nous sommes deux infirmières spécialisées en oncologie. Nous avons accompagné des centaines de patients. Et ce que nous observons, constamment, c'est que les patients qui bénéficient de soins de support traversent les traitements différemment. Pas sans difficulté. Mais avec plus de ressources, plus de soutien, et une qualité de vie significativement meilleure.
Les soins de support ne sont pas un signe de faiblesse. Ce ne sont pas des soins pour ceux qui n'arrivent pas à gérer. Ce sont des soins pour tous ceux qui traversent quelque chose d'immense et qui méritent d'être accompagnés à la hauteur de ce qu'ils vivent.



