INTRODUCTION
Depuis 2011, l'Association Francophone pour les Soins Oncologiques de Support (AFSOS) recommande l'activité physique comme un élément central du parcours de soins en cancérologie. En 2024, le référentiel AFSOS a été actualisé pour intégrer les dernières données scientifiques, confirmant un point crucial : l'intérêt de la pratique d'activité physique au plus tôt dans le parcours de soin en cancérologie est démontré et doit être promue auprès des équipes pluridisciplinaires.
Depuis mars 2017, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande même que l'activité physique soit prescrite médicalement comme une thérapeutique non médicamenteuse de faible coût mais d'apports multiples et importants permettant un retour à une meilleure qualité de vie en cours.
1. LES DONNÉES DE RÉCIDIVE ET DE SURVIE .
Les données sur la récidive et la survie sont incontournables. L'activité physique volontaire, spontanée et régulière pratiquée pendant et après le traitement du cancer est statistiquement associée à une réduction du risque relatif de récidive et à un bénéfice relatif en survie (du cancer et toutes causes confondues), principalement pour les cancers du sein, colorectal et de la prostate.
Les patients qui pratiquent une activité physique régulière adaptée à leur situation ont un meilleur pronostic.
2. LA FATIGUE
La fatigue liée au cancer est la complication la plus fréquente et la plus invalidante du parcours oncologique. Et contrairement à la fatigue normale, elle ne disparaît pas avec le repos.
Le cancer et ses traitements peuvent entraîner une dénutrition avec perte du volume et de l'endurance musculaire, une inactivité voire une immobilité, ainsi qu'une baisse des capacités cardiorespiratoires et une fatigue persistante. Un cercle vicieux entre déconditionnement physique et fatigue peut donc se mettre en place.
C'est crucial à comprendre : plus on se repose pendant le traitement, plus on se déconditionne. Plus on se déconditionne, plus la fatigue augmente. C'est un cycle négatif.
L'APA tend à casser ce cycle.
3. DÉFINITION OFFICIELLE DE L'APA EN ONCOLOGIE
L'activité physique adaptée (APA) regroupe l'ensemble des activités physiques et sportives adaptées aux capacités des personnes atteintes de maladie chronique ou de handicap.
En oncologie, c'est plus précis encore : l'APA est une activité physique encadrée par un professionnel formé, qui tient compte de :
Le type de cancer
Le type de traitement reçu (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, immunothérapie, etc.)
L'étape du parcours (pendant le traitement, en rémission, en cas de récidive)
Les capacités physiques actuelles du patient
Les contre-indications spécifiques
4. LES RECOMMANDATIONS OFFICIELLES : FRÉQUENCE, DURÉE, TYPE D'ACTIVITÉ
Selon le référentiel AFSOS 2024 :
Fréquence : Les séances d'exercices physiques supervisés doivent être pratiquées 2 à 5 fois par semaine, accompagner vers une pratique durable et régulière pendant au moins 3 mois.
Type d'activité : Les exercices aérobie et exercices de renforcement musculaire sont en priorité recommandés. Toute activité est possible tant qu'elle est adaptée au patient.
Format : L'activité peut se faire en groupe (4 à 10 personnes maximum) ou en individuel, selon l'état, les besoins et les envies du patient et les possibilités organisationnelles.
5. CE QUE L'APA N'EST PAS
C'est important de clarifier :
L'APA n'est pas :
Un entraînement sportif de performance
Un défi physique
Une « preuve » que vous êtes courageux
Un programme unique pour tous
L'APA n'est pas synonyme de sport. L'objectif de votre pratique ne devrait pas être la performance : il faut commencer par des activités physiques de faible durée ou de faible intensité pour mieux progresser.
6. LE RÔLE CENTRAL DU MÉDECIN : LA PRESCRIPTION
Depuis 2022, il est désormais possible pour les médecins spécialistes de prescrire de l'activité physique.
Cela signifie que :
Votre médecin peut prescrire une APA
Cette prescription peut être couverte par certaines assurances/mutuelles
Elle fait partie du protocole de soins
7. LE PROBLÈME : UNE RECOMMANDATION BONNE MAIS SOUS-PRESCRITE
Voici le paradoxe : bien que 80% des oncologues connaissent les bénéfices de l'activité physique et les recommandations de la HAS, seuls 11% la prescrivent systématiquement, notamment au stade métastatique.
Les principaux freins sont : la fragilité perçue des malades à ce stade (45%), leur âge (37%), le manque de temps pour aborder le sujet (35%).
Traduction : Certains médecins pensent bien faire en disant aux patients de « se reposer » au stade avancé. Mais c'est l'inverse qui serait bénéfique.
8. LES BÉNÉFICES AU-DELÀ DE LA SURVIE
Au-delà de la réduction du risque de récidive, l'APA améliore :
Physiquement :
Réduction de la fatigue lié à la maladie
Maintien ou amélioration de la capacité cardiorespiratoire
Prévention de la sarcopénie (fonte musculaire)
Gestion de la douleur
Amélioration du sommeil
Psychologiquement :
Réduction de l'anxiété et de la dépression
Amélioration de l'image de soi
Sentiment de reprise de contrôle
Meilleure qualité de vie globale
Socialement :
Retour aux activités
Lien social (si groupe)
Réintégration progressive dans la « normalité »
9. LES DIFFÉRENTS TYPES D'ACTIVITÉS RECOMMANDÉES
Les activités d'endurance recommandées incluent : la marche rapide, le running, la marche nordique, le cyclisme, la natation, le ski de fond...
L'important : c'est que l'activité soit adaptée, régulière, et supervisée par un professionnel formé en oncologie.
10. LA PÉRENNITÉ : AU-DELÀ DE 6 MOIS
Le critère de pérennité est le maintien d'une activité physique non supervisée au-delà de 6 mois .
Ce n'est pas une « cure » de 3 mois mais plutôt une transformation du mode de vie.
L'objectif de l'APA supervisée est d'accompagner le patient vers une pratique autonome et durable. Le rôle du professionnel APA est de créer les conditions pour que le patient continue, seul ou en groupe, une activité physique régulière après la fin de l'accompagnement.
11. CHEZ LES ENFANTS, ADOLESCENTS ET JEUNES ADULTES
La pratique d'une activité physique adaptée chez les enfants, adolescents et jeunes adultes atteints d'un cancer permet de réduire significativement l'impact de la maladie et des traitements pendant et après la maladie.
C'est particulièrement important pour cette population, où le cancer peut interrompre des phases critiques de développement physique et social.
CONCLUSION : L'APA COMME PILIER DES SOINS DE SUPPORT
Les données sont claires et les bénéfices sont multiples.
L'activité physique adaptée n'est pas une « option bien-être ». C'est un élément du protocole de soin.
Elle réduit le risque de récidive et casse le cycle de déconditionnement et de fatigue. Elle redonne au patient un sentiment de contrôle sur sa prise en charge.
Attention: Si à la suite d'une pratique d'activité physique, vous ressentez des symptômes tels que des douleurs articulaires ou une fatigue inhabituelle, signalez-le à votre médecin. L'APA doit être adaptée, progressive, et toujours sous supervision professionnelle.
Il n'est jamais trop tard pour commencer. Et les bénéfices commencent immédiatement.
SOURCES
Référentiel AFSOS 2024 - Activité Physique et Cancer
https://www.afsos.org/wp-content/uploads/2024/10/AP_cancer_AFSOS-.pdfHaute Autorité de Santé (HAS)
https://www.has-sante.frFondation ARC pour la recherche sur le cancer
https://www.fondation-arc.orgCancer Environnement
https://www.cancer-environnement.frPfizer Oncologie - Étude sur la prescription d'APA
Données 2024-2025Ressources régionales (Aura, Pays de la Loire)
https://ressources-aura.fr



